19 Sep 2009

Enquête L'interminable galère des étudiants pour trouver un logement

Escrito por: notredeloupy el 19 Sep 2009 - URL Permanente

Enquête

L'interminable galère des étudiants pour trouver un logement

LE MONDE | 17.09.09 |

Une soixantaine d'étudiants font la queue sous la pluie, ce samedi, pour visiter une "studette" rue Jonas, dans le 13e arrondissement de Paris : 10 m2 en rez-de-chaussée avec vue imprenable sur une cour intérieure où l'on range les poubelles, mais "seulement" 400 euros charges comprises, avec le chauffage collectif. "Pas cher, comparé aux offres du marché !", commente Justine, étudiante en histoire, venue de province pour le week-end. Elle est preneuse. Mais elle n'est pas la seule. Elise, étudiante en communication ; Thibault, en première année d'informatique, que ses parents accompagnent ; et Chahir, étudiant égyptien, qui prépare une thèse d'économie, sont tout aussi intéressés.

C'est petit, mais l'important, c'est d'avoir un toit pour travailler. Et vite, la rentrée universitaire démarre dans quelques jours, expliquent ces candidats au logement qui espèrent tous voir leur dossier retenu après nombre d'échecs. "A chaque visite, nous sommes aussi nombreux, soupire Cécile, jeune interne en médecine. Parfois même, le logement est déjà loué quand j'arrive !"

L'épreuve des concours, option logement, se répète chaque année pour les quelque 2 millions d'étudiants français n'ayant pas droit aux 163 000 chambres mises à disposition par les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (Crous). Pour réussir, il faut disposer d'un garant dont les revenus représentent au moins quatre fois le prix du loyer. C'est dans l'académie de Paris que les prix sont les plus élevés. Et contrairement au reste du marché, pour ces logements de petite superficie, les prix n'ont pas baissé, malgré la crise.

Les étudiants peuvent trouver un toit pour 280 euros à Clermont-Ferrand, 200 euros à Dijon, 300 euros à Grenoble, Lyon ou Marseille. A Paris, les logements les moins chers sont les chambres de bonne : "Il faut compter de 350 à 500 euros par mois pour une chambre de 9 m2 ", indique Marcel Ricard, le président de la chambre de Paris et de l'Ile-de-France de la Fnaim. Même un peu plus onéreuses, elles sont prises d'assaut : pour cette "studette tout confort" proposée à 640 euros charges comprises, dans un "bel immeuble bourgeois" du 9e arrondissement, en dix minutes, une vingtaine de personnes ont fait l'effort de grimper les six étages. "La loi interdit de louer des superficies inférieures à 9 m2, mais ces chambres circulent sous le manteau autour de 300 euros", assure M. Ricard. Le Crous et l'Office des services étudiants (OSE) proposent parfois des chambres gratuites contre du baby-sitting.

Les propriétaires, eux, n'ont que l'embarras du choix. Comme le confirme cette dame qui vient de louer 350 euros charges comprises une chambre meublée dans le 17e arrondissement : "J'ai reçu entre 300 et 400 appels en une semaine, raconte-t-elle. Je cherchais un étudiant pour qu'il y ait une atmosphère de travail à l'étage. Je demande la caution des parents, qui doivent habiter en France, car j'ai déjà eu des mésaventures avec des étrangers partis sans payer et contre lesquels il n'y a aucun recours."

Certains parents préféreront savoir leurs enfants confortablement installés dans une résidence étudiante privée. Mais, là aussi, la demande est supérieure à l'offre qui affiche 90 000 lits, dont 30 000 en Ile-de-France. Le prix demandé est souvent égal ou supérieur à celui d'un studio dans le privé (autour de 700 euros à Paris). La durée du bail est en général d'un an, et il faut vérifier à l'avance que l'on pourra partir au bout de neuf mois sans pénalités.

Faute de pouvoir s'offrir une chambre ou un studio, nombre d'étudiants se tournent vers la colocation. Une cinquantaine se sont ainsi présentés rue de la Forge-Royale, dans le 11e arrondissement de Paris, pour visiter un deux-pièces de 25 m2 loué 832 euros charges comprises. Beaucoup ressortent déçus : "Ce n'est pas fait pour une "coloc", car on doit passer par la première chambre pour entrer", expliquent Constantin et Callista, étudiants en sciences politiques et anglais économique. Un jeune couple se porte néanmoins candidat : "Nous sommes trop à l'étroit dans la chambre de mon amie, on sera mieux ici pour travailler", explique David, 27 ans, étudiant allemand en affaires publiques.

"Beaucoup de bailleurs sont réfractaires aux colocations. C'est un mal typiquement français", constate cependant Marcel Ricard. Roger, jeune Catalan venu faire une année Erasmus en architecture, confirme que la France ne vit pas à l'heure de l'auberge espagnole. Pourtant, si un colocataire s'en va, les autres assument sa quote-part. Une clause de solidarité peut même imposer à celui qui a donné son congé de continuer à payer loyers et charges jusqu'à l'expiration du bail.

Faute d'avoir trouvé une colocation, Damien, étudiant en architecture, a rejoint l'association Jeudi noir, qui occupe un bâtiment vide de 1 800 m2 près de la Bastille, pour dénoncer la crise du logement étudiant.

Rafaële Rivais



Où passer et trouver les annoncesPour chercher un logement, le site De particulier à particulier (pap.fr) est incontournable. La version papier, en vente tous les jeudi (2,95 €), n'offre pas toujours les mêmes annonces. On peut consulter d'autres petites annonces de logements étudiants sur Mapiaule.com, le site du groupe Studyrama - qui revendique 200 000 visiteurs uniques pour le seul mois d'août - ou sur Leclubetudiant.com. Le Centre national des oeuvres universitaires et scolaires (Cnous), qui pilote le réseau des Crous, propose, lui aussi, des petites annonces de logement en ville sur Cnous.fr.

Adele.org propose des résidences étudiantes privées. Colocation.fr, Kel-koloc.fr, Letudiant.fr ou Easycoloc.com recensent des offres de colocation.

Le site des allocations familiales (Caf.fr) et Locapass.fr détaillent les aides financières auxquelles ont droit les étudiants.

Article paru dans l'édition du 18.09.09

MONDE | 17.09.09 | 16h10 • Mis à jour le 17.09.09 | 19h21

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