|
Le mot foire est à peu près synonyme de celui de marché, car l'un et l'autre signifient un concours de marchands et d'acheteurs, dans des lieux et des temps marqués; cependant le terme de foire s'applique à un concours plus nombreux, plus solennel, et par conséquent plus rare. On fait parfois dériver le mot foire du latin forum; mais il viendrait plutôt de feria, fête, solennité religieuse, parce que c'est au concours de fidèles qu'attiraient les fêtes de l'Eglise que les premières foires de l'Europe médiévale doivent leur origine. On en donne pour indice qu'il y avait en France , par exemple, dès les premiers temps mérovingiens, quelques lieux de pèlerinages célèbres. Le tombeau de saint Marcel, la châsse de sainte Geneviève, le calvaire du Mont-des-Martyrs, le pèlerinage de saint Denis , qui étaient autant de pieux rendez-vous fréquentés par les fidèles à diverses époques de l'année ecclésiastique. Le pèlerinage de sainte Geneviève et celui de saint Denis étaient surtout, dans ces siècles de dévotion ardente, une sorte de procession célèbre, ou durant plusieurs jours la route était sillonnée de bourgeois, boutiquiers, manants, dames et seigneurs. Il advint de ces rassemblements que plusieurs petites industries se transportèrent sur ces voies, pour faire oublier aux pèlerins la longueur du chemin. Ce furent peut-être d'abord de pieux vendeurs d'images saintes, de reliquaires. Puis ce furent des objets de luxe, aiguières, vaisseaux de faïence, drageoirs. Puis enfin des objets d'utilité, parchemins, étoffes, cuirs. Bref, petit à petit, les marchands n'y allaient plus pour les pélerins : c'étaient les pèlerins qui y allaient pour les marchands. Quoi qu'il en soit, ces marchands inaugurèrent un nouveau mode de vie nomade ou semi-nomade, celui des forains. C'était une époque où les communications étant rares et difficiles, les commerçants étaient obligés d'exécuter directement eux-mêmes les différentes opérations de leur industrie; ils se rendaient donc en troupes plus ou moins nombreuses, et de loin en loin, dans certaines localités désignées d'avance, puis ils retournaient chez eux après avoir fait leurs ventes et leurs achats réciproques. Ces voyages étaient souvent longs et pénibles. En outre, ils exposaient les marchands à des vexations continuelles de la part des seigneurs qui, ne voyant dans le commerce qu'une occasion d'accroître leurs revenus, soumettaient a des péages exorbitants ceux que la nécessite forçait de passer sur leurs terres. Toutefois plusieurs de ces petits souverains finirent par reconnaître qu'en se relâchant de la rigueur de ce qu'ils appelaient leurs droits, ils seraient plus que dédommagés par l'augmentation de population, de commerce et de consommation, que gagneraient les lieux de leur résidence. Bientôt, en France , les rois prirent sous leur patronage cette oeuvre d'émancipation, et à mesure que leur autorité s'étendit et se fortifia, ils s'efforcèrent de soustraire aux taxes levées par leurs vassaux la circulation des marchandises, et procurèrent à ces dernières des débouchés faciles en dotant certaines celles d'exemptions et de privilèges qui y firent accourir les vendeurs et les acheteurs, de sorte que ces villes ne tardèrent pas à devenir le centre de tout le mouvement commercial de l'époque. Les foires ont même été ainsi un canal d'exploitation pour les denrées étrangères que recevaient les ports et quelques-unes des provinces du royaume, témoin les foires de Champagne , celle de Provins surtout, qui, dès les temps les plus reculés, a eu une réputation universelle, aussi bien que la fameuse foire de Beaucaire , autrefois si fréquentée, que les négociants ne pouvaient trouver de lits pour se coucher, et que les marchands forains qui la hantaient étaient réduits à passer la nuit dans leurs baraques pour être sûrs de retrouver leur place le lendemain. Certaines de ces manifestations commerciales et industrielles ont subsisté jusqu'à l'époque contemporaine. Mais on s'attachera ici moins à leur caractère économique, qu'à souligner leur aspect proprement festif. De fait, avec quelle impatience elles devaient être, attendues ces époques de mouvement et de réjouissance générale qui étaient comme des stations du plaisir dans la vie monotone de nos bons aïeux. Elles avaient bien le caractère de fêtes. Quelle joie! que de surprises, de divertissements, d'émotions! Tous y trouvaient leur compte. Les marchands s'y en allaient pour s'en revenir avec quelques bons sacs d'écus de plus. Les étrangers, les seigneurs, les bourgeois, les dames, pour y vider leurs escarcelles; les filous, pour les leur couper, si le cas échéait, et pour peu que les gens du guet n'eussent pas l'oeil trop ouvert. Les étudiants, pour faire enrager tout le monde; les coquettes pour s'amuser, les baladins pour amuser les autres! Et cela n'arrivait que trois ou quatre fois dans l'année. Aussi qui eût voulu y manquer? Aujourd'hui, on ne saurait se faire une idée meilleure de ce qu'étaient ces foires du Moyen âge qu'en prenant l'exemple donné pendant de longs siècles par les grandes foires parisiennes : la foire du Landit (à Saint-Denis ), celles de Saint Germain et de Saint Laurent, et, pour finir, la foire Saint-Ovide... à suivre...
http://www.cosmovisions.com/$Foires.htm
|